Un yacht de 40 mètres embarque, dans un volume très contraint, à peu près tout ce qu'on trouve sur un navire de commerce : propulsion, groupes électrogènes, hydraulique, traitement des eaux, climatisation, électronique de navigation, stabilisateurs, annexes. Il y ajoute ce qu'aucun cargo ne connaît : un pont en teck qui doit rester impeccable, un ascenseur, une cuisine de niveau gastronomique et un propriétaire qui n'accepte pas qu'une panne gâche une semaine réservée douze mois à l'avance.
Cette combinaison rend la maintenance d'un yacht difficile à piloter avec des tableurs et des classeurs. Les fenêtres d'intervention sont courtes et dictées par le calendrier du propriétaire ou des charters. L'équipage tourne vite : un chef mécanicien qui débarque emporte souvent l'essentiel de la mémoire technique du bord. Et lorsque le yacht est exploité commercialement, une couche réglementaire s'ajoute — REG Yacht Code, Code ISM, ISPS, MLC selon la jauge et le nombre de passagers — avec des audits qui exigent des preuves, pas des souvenirs.
Une GMAO yacht bien déployée répond à ces trois problèmes : elle transforme la maintenance en un plan structuré et daté, elle conserve l'historique technique indépendamment des personnes, et elle produit sans effort les preuves attendues par le pavillon, la société de classification et l'auditeur ISM. Voici comment structurer cette démarche, de l'arborescence équipements jusqu'au reporting adressé au propriétaire.
Pourquoi la maintenance d'un yacht ne ressemble à aucune autre
L'exigence esthétique compte autant que l'exigence fonctionnelle
Sur un navire de commerce, un raccord qui suinte est un point de suivi. Sur un yacht, c'est une coulure sur un pavois laqué, donc un défaut inacceptable. Le périmètre de la maintenance s'élargit au vernis, au teck, à l'inox poli, à la laque, à la sellerie. Ces postes ne relèvent pas de la sécurité mais consomment un temps considérable et suivent leur propre logique de fréquence, souvent hebdomadaire.
Une GMAO adaptée au yachting doit donc absorber deux familles de tâches : la maintenance technique, pilotée aux heures de fonctionnement et aux préconisations constructeur, et la maintenance de présentation, pilotée au calendrier et affectée au pont. Les mélanger sans filtre produit un plan illisible ; les séparer dans deux outils produit deux vérités. La bonne réponse consiste à les gérer dans le même module de maintenance, avec des vues distinctes par service.
Une saisonnalité qui comprime les fenêtres d'intervention
La plupart des yachts vivent sur un cycle marqué : saison Méditerranée de mai à septembre, transatlantique, saison Caraïbes de décembre à mars, chantier au printemps. Entre deux, quelques semaines seulement pour les travaux lourds. Toute intervention non anticipée devient donc une urgence coûteuse, à caser dans un créneau déjà saturé ou, pire, pendant que le propriétaire est à bord.
Le rôle de la GMAO n'est pas seulement de rappeler qu'une révision est due, mais de projeter les échéances sur le calendrier d'exploitation pour les regrouper dans les fenêtres disponibles. C'est ce que permet une vue de type prévisions de charge : voir six mois à l'avance quelles tâches tomberont en pleine saison de charter et les déplacer vers l'arrêt technique.
Une rotation d'équipage qui efface la mémoire technique
C'est la spécificité la plus coûteuse du secteur. Les durées de service à bord d'un yacht sont fréquemment plus courtes que dans le commerce, avec des rotations de saison et des équipages renforcés en haute saison. Quand un chef mécanicien quitte le bord après deux saisons, il emporte des informations jamais écrites : quel générateur a un injecteur capricieux, quelle référence de courroie a été substituée l'an dernier, quel fournisseur d'Antibes livre en 24 heures, quelle vanne est mal repérée sur le plan d'origine.
Sans système structuré, la relève reconstruit ce savoir en trois à six mois, en payant chaque leçon deux fois. Avec un historique complet attaché à chaque équipement, elle est opérationnelle en quelques semaines. C'est le meilleur argument économique en faveur d'une GMAO dans le yachting, bien avant la conformité.
Hétérogénéité, attentes croisées et confidentialité
Un yacht de 45 mètres compte plusieurs centaines d'équipements issus de dizaines de fabricants, avec des documentations en anglais, en allemand ou en italien, parfois disponibles uniquement en PDF scanné. Il n'existe pas de standard de flotte : chaque unité est quasiment un prototype, ce qui interdit les plans génériques et impose de construire une base équipements propre au navire.
Trois interlocuteurs attendent ensuite des choses différentes : le capitaine, un navire disponible et un équipage qui ne se noie pas dans la paperasse ; le gestionnaire — société de management ou family office —, un budget tenu et des justificatifs ; le propriétaire, que rien ne tombe en panne pendant son séjour. Une GMAO sert les trois si chacun accède au bon niveau de restitution : opérationnel à bord, analytique à terre, synthétique pour le propriétaire. Enfin, l'information sur les mouvements du navire et l'identité du propriétaire a une valeur marchande : la gestion fine des droits d'accès est un critère de sélection à part entière.
Usage privé ou commercial : deux cadres réglementaires distincts
Le yacht strictement privé
Un yacht en usage privé, sans activité de charter, échappe à la plupart des conventions internationales applicables aux navires de commerce. Ses obligations découlent du droit du pavillon, des exigences de la société de classification lorsqu'il est classé, et surtout des conditions de son contrat d'assurance. Ce dernier point est sous-estimé : en cas de sinistre majeur, la capacité à démontrer que la maintenance préconisée par les constructeurs a été réalisée aux échéances prévues pèse lourd dans l'instruction du dossier. Un historique horodaté n'a pas ici de valeur réglementaire, mais il a une valeur probatoire.
Le yacht commercial et le REG Yacht Code
Dès qu'un yacht est exploité en charter, il change de catégorie. Pour les unités immatriculées dans le Red Ensign Group (Royaume-Uni, Île de Man, Jersey, Guernesey, Gibraltar, Bermudes, Îles Caïmans, Îles Vierges britanniques), le cadre de référence est le REG Yacht Code, publié dans son édition consolidée de janvier 2019 et mis à jour depuis. Il réunit deux textes historiques :
D'autres pavillons de référence (Malte, Îles Marshall, Luxembourg, France) publient leurs propres codes de yachts commerciaux, largement alignés sur cette logique. La règle pratique reste la même : vérifiez toujours le texte du pavillon d'immatriculation, car les seuils et les équivalences varient à la marge.
ISM, ISPS, MLC : les seuils qui changent la vie du bord
Pour la maintenance, la conséquence est directe. Le Code ISM exige que la compagnie établisse des procédures garantissant l'entretien du navire et de ses équipements conformément aux règles applicables, que les inspections soient réalisées à intervalles appropriés, que les non-conformités soient signalées avec leur cause éventuelle, que des mesures correctives soient prises et que ces opérations soient consignées. Autrement dit : un plan de maintenance planifié, tracé, avec traitement documenté des anomalies. Une GMAO n'est pas une obligation réglementaire, mais c'est le moyen le plus économique de satisfaire cette exigence.
À retenir — Le déclencheur réglementaire n'est pas la taille du yacht mais son usage. Un 50 mètres privé peut avoir moins d'obligations statutaires qu'un 30 mètres en charter. Trois seuils commandent l'essentiel : 24 mètres (entrée dans le REG Yacht Code partie A en usage commercial), 12 passagers (bascule vers la partie B / Passenger Yacht Code) et 500 UMS (ISM, ISPS, certification MLC selon pavillon). Situez votre navire sur ces trois axes avant de dimensionner votre système documentaire.
Structurer la maintenance : arborescence, gammes et checklists
Une arborescence par système, pas une liste plate
L'erreur la plus fréquente lors d'un premier déploiement consiste à saisir des centaines d'équipements en liste plate. Six mois plus tard, personne ne retrouve rien et le système est abandonné. La structure qui tient dans la durée est hiérarchique, sur trois niveaux : système → sous-système → équipement.
Une découpe éprouvée pour un yacht : Propulsion (moteurs principaux, lignes d'arbres, hélices, inverseurs) ; Production électrique (groupes, tableaux, convertisseurs, batteries, prise de quai) ; Fluides et coque (carburant, huile, eau de mer, cales, gouvernails, propulseurs d'étrave) ; Hôtellerie et confort (climatisation, dessalinisateur, eaux noires et grises, buanderie, cuisine, ascenseur) ; Pont et manœuvre (guindeaux, bossoirs, passerelle d'embarquement, plateforme de bain, stabilisateurs) ; Navigation et communication (radars, ECDIS, pilote automatique, GMDSS, VSAT) ; Sécurité (détection et extinction incendie, radeaux, brassières, EPIRB, SART) ; Annexes et jouets nautiques (tenders, jet-skis, compresseur de plongée).
Chaque équipement porte ensuite marque, modèle, numéro de série, date de mise en service, emplacement physique, criticité, documentation et compteurs associés. C'est ce niveau de détail qui rend une base équipements exploitable plutôt que décorative.
Standardiser les gammes d'intervention
Une gamme est le mode opératoire type d'une tâche récurrente : quoi faire, dans quel ordre, avec quels outils, quelles pièces, quelles consignes de sécurité et quel temps estimé. Standardiser produit trois effets immédiats : la tâche est exécutée de la même façon quel que soit l'exécutant, le besoin en pièces est connu à l'avance donc commandable, et la relève dispose d'une instruction écrite plutôt que d'une consigne orale.
Une gamme utile comporte toujours le déclencheur (heures de fonctionnement, périodicité calendaire ou état constaté), la liste des consommables avec leurs références exactes, les points de sécurité — consignation électrique, condamnation des vannes, EPI — et les valeurs à relever. Ce dernier point est essentiel : noter la température d'échappement par cylindre ou la pression différentielle d'un filtre transforme progressivement le préventif en maintenance conditionnelle. Notre méthode en quatre étapes pour bâtir un plan de maintenance préventive détaille cette construction.
Mise en service saisonnière et hivernage
Ce sont les deux checklists les plus rentables du bord. La mise en service couvre le réveil du navire : remise en eau des circuits, purge et essais des groupes, niveaux et anodes, essai des pompes de cale et des alarmes, contrôle des moyens de sauvetage et de leurs dates de péremption, essais de détection et d'extinction incendie, démarrage de la climatisation et du dessalinisateur, essais à quai puis en mer, contrôle des annexes.
L'hivernage couvre le mouvement inverse : protection des circuits d'eau douce et d'eau de mer, conservation des moteurs, charge d'entretien des batteries, ventilation et déshumidification des espaces intérieurs, stockage des textiles, rinçage des membranes, mise en sécurité électrique. Chaque ligne doit produire une trace horodatée avec l'identité de l'exécutant. Générées automatiquement chaque année, ces deux séquences transforment la campagne de printemps en processus reproductible.
Heures moteur, générateurs et compteurs
Sur un yacht, l'écart entre temps calendaire et temps d'usage est énorme. Un moteur principal peut ne tourner que quelques centaines d'heures par an tandis qu'un groupe électrogène en accumule plusieurs milliers, parce qu'il alimente la climatisation à quai. Tout déclencher au calendrier revient à sur-entretenir la propulsion et à sous-entretenir la production électrique.
La bonne pratique consiste à relever quotidiennement les compteurs — heures moteurs et groupes, production d'eau douce, consommations — et à laisser le système déclencher les tâches sur seuil. Un module compteurs alimenté par le quart machine offre en prime une lecture précise de la consommation par groupe, utile pour arbitrer entre prise de quai et production embarquée.
Plan de maintenance type par système sur une saison
Trame de référence pour un yacht de 30 à 50 mètres sur un cycle méditerranéen. Les périodicités sont indicatives et doivent toujours être confrontées aux manuels constructeurs et aux exigences du pavillon et de la classification.
SystèmeAvant-saison (mars-avril)En saison (mai-septembre)Après-saison (octobre-novembre)Hivernage / arrêt techniqueMoteurs principauxVidange, filtres huile et gasoil, contrôle injection, essais merRelevé quotidien des heures, niveaux, inspection des fuitesAnalyse d'huile, contrôle des supports élastiques et alignementConservation, anodes, contrôle des échangeursGroupes électrogènesVidange, filtres, essai en charge, contrôle d'isolementRotation d'usage entre groupes, vidange sur seuil horaireDécalaminage, contrôle turbo et échappementCharge d'entretien, protection des circuits eau de merLignes d'arbres et propulseursContrôle des jeux, étanchéité, graissageTempérature presse-étoupe, contrôle des vibrationsInspection des hélices par plongeur, mesure des jeuxContrôle des paliers, équilibrage des hélicesCarburant et huileNettoyage des cuves, filtres, test des séparateursPurge quotidienne des décanteurs, suivi qualité gasoilAnalyse de carburant, contrôle du jaugeageNettoyage complet des réservoirs, contrôle des reniflardsClimatisation et froidNettoyage condenseurs, charge fluide, désinfectionFiltres deux fois par mois, contrôle pompes eau de merRecherche de fuites, contrôle des compresseursVidange circuit eau de mer, protection antigelTraitement des eauxMembranes dessalinisateur, contrôle des eaux noiresQualité de l'eau, nettoyage hebdomadaire des préfiltresRinçage et conservation des membranesVidange et désinfection des cuves d'eau douceSécurité incendieEssais de détection, contrôle annuel extincteurs et systèmes fixesEssais hebdomadaires d'alarme, rondes de sécuritéVolets coupe-feu, arrêts d'urgenceRequalification des bouteilles, contrôle des canalisationsMoyens de sauvetageRévision radeaux et brassières, contrôle EPIRB et SARTExercices mensuels, contrôle visuel hebdomadaireDates de péremption pour la saison suivanteStation agréée, remplacement des pyrotechniesPont et manœuvreRévision guindeaux, bossoirs, plateforme de bain, essais en chargeGraissage bimensuel, contrôle câbles et sanglesVérins hydrauliques, recherche de fuitesCentrales hydrauliques, remplacement des flexibles âgésNavigation et communicationContrôle radars et ECDIS, mise à jour cartes et logicielsEssais GMDSS hebdomadaires, alarmes passerelleVisite annuelle radio, compensation du compasInterventions constructeur, mise à jour des consolesPrésentation et finitionsLustrage coque, traitement teck, retouches vernis et laqueLavage quotidien, polissage inox, contrôle sellerieBilan des dégradations, demande de devisPeinture, réfection teck, traitement des chromesAnnexes et jouets nautiquesRévision hors-bord, contrôle berceaux et sanglesRinçage systématique, contrôle hebdomadaire des batteriesVidange, conservation, contrôle des flotteursStockage à terre, révision compresseur de plongée
Ce squelette n'a de valeur qu'une fois traduit en tâches datées, affectées à une personne et rattachées à un équipement précis. C'est exactement le travail d'une GMAO : convertir un tableau en flux d'ordres de travail dont on mesure le taux de réalisation.
Faire monter un nouveau chef mécanicien en quelques semaines
Lorsqu'un chef mécanicien embarque sur un yacht qu'il ne connaît pas, il a besoin de quatre choses : savoir ce qu'il y a à bord, ce qui a été fait récemment, ce qui est en attente, et où sont les pièces. Une GMAO correctement alimentée répond aux quatre en une session de prise en main. L'inventaire donne le périmètre. L'historique donne le comportement réel du navire — quel équipement a été repris trois fois en deux ans, quelle panne revient après chaque transatlantique. Le carnet de tâches ouvertes donne l'urgence. L'état des stocks donne la marge de manœuvre.
Ce transfert n'a rien d'automatique : il suppose des saisies antérieures utiles. Une ligne « réparé » ne transmet rien. Une ligne « fuite au raccord de refoulement de la pompe eau de mer bâbord, joint torique remplacé par la référence X, couple repris à Y, à re-contrôler dans 100 heures » transmet une compétence. La qualité de la saisie est le vrai facteur de succès d'un déploiement en yachting. Une trame de prise de fonction efficace tient ensuite en quatre semaines :
Dernier point, décisif : manuels constructeurs, schémas électriques, plans de circuits et rapports de prestataires doivent être attachés directement à l'équipement concerné, et non déposés dans un dossier partagé dont l'organisation dépend de celui qui l'a créé. Si un mécanicien doit demander à quelqu'un où se trouve un document, l'organisation documentaire a échoué.
Stocks à bord et approvisionnements en escale
L'espace à bord est un luxe disputé entre le confort des invités et les besoins techniques : stocker « au cas où » est impossible. La méthode consiste à classer les pièces selon deux axes — la conséquence d'une indisponibilité (arrêt de la navigation, dégradation du confort, simple gêne) et le délai réel d'approvisionnement dans les zones fréquentées. Seules les pièces à conséquence forte et délai long justifient un stock à bord : injecteurs, turbo de secours, membranes de dessalinisateur, courroies et turbines de pompes, cartes électroniques critiques, flexibles hydrauliques aux longueurs usuelles.
Un module de gestion des stocks avec seuils d'alerte et emplacements précis évite le double écueil du yachting : la rupture sur une pièce à 30 euros qui immobilise une croisière, et l'accumulation de références obsolètes dans des coffres oubliés. Notre article sur la gestion des stocks MRO détaille la méthode de classement.
L'approvisionnement en yachting a une particularité : le navire bouge. Une commande passée à Palma doit parfois être livrée à Bonifacio quatre jours plus tard. Chaque commande doit donc être rattachée non seulement à un fournisseur mais à un lieu et une date de livraison prévisionnels. Le rôle d'un module achats est de conserver le lien entre le besoin technique, la commande, le fournisseur et la réception. Enfin, chaque pièce sortie du stock doit être imputée à l'équipement sur lequel elle a été montée : cette discipline coûte quelques secondes et produit à la fois un coût réel par équipement et une preuve directe pour l'auditeur ou l'assureur.
Budget, reporting et restitution au propriétaire
Le budget d'exploitation annuel d'un yacht représente couramment un pourcentage significatif de sa valeur, dont la maintenance et les travaux constituent l'un des postes les plus volatils. Piloter ce budget par facture ne dit rien d'utile. Le piloter par système révèle immédiatement les dérives : lorsque la climatisation consomme trois fois son budget prévisionnel sur deux saisons consécutives, la question n'est plus de payer la facture mais de décider d'un remplacement.
Une GMAO qui rattache main-d'œuvre, pièces et prestations extérieures à l'équipement produit cette lecture sans travail supplémentaire. Le tableau de bord agrège ensuite par système, par période et par navire pour les flottes gérées par une même société de management — c'est le levier principal décrit dans notre article sur la réduction des coûts d'entretien.
Le reporting mensuel attendu par le management tient en une page et répond à cinq questions : quelles tâches étaient prévues et lesquelles ont été réalisées ; quelles anomalies ont été détectées et où en est leur traitement ; quelles dépenses ont été engagées par rapport au budget ; quels certificats arrivent à échéance dans les 90 jours ; quels points nécessitent un arbitrage du propriétaire. Produire ce document à la main prend une demi-journée par mois ; l'extraire d'un système alimenté au fil de l'eau prend quelques minutes. Même logique pour l'arrêt technique : la liste de travaux d'un refit se constitue toute l'année, par accumulation des anomalies différées et des observations de visites. Marquer une anomalie « à traiter en arrêt technique » construit mécaniquement cette liste, avec historique et photos — un argument décisif lors de la négociation des devis de chantier.
Le mobile hors connexion : une condition d'adoption
La couverture réseau à bord est aléatoire : mouillage isolé, compartiment machine entouré d'acier, traversée hauturière. Si l'outil exige une connexion permanente, l'équipage repasse au carnet papier et la double saisie tue le projet en quelques semaines. Une application mobile fonctionnant hors connexion, avec synchronisation automatique dès le retour du réseau, permet de saisir le travail là où il se fait. Trois usages justifient à eux seuls cette capacité : le relevé des compteurs pendant le quart, la photographie d'une anomalie au moment de sa découverte, et la validation d'une checklist de sécurité pendant une ronde. Dans les trois cas, le décalage entre l'action et la saisie est la principale source de perte d'information.
Conformité : certificats du navire et de l'équipage
Un yacht commercial de plus de 500 UMS peut porter une vingtaine de certificats statutaires et de classe, chacun avec sa date de délivrance, sa fenêtre de visite intermédiaire et sa date d'expiration : sécurité de construction et d'équipement, ligne de charge, prévention de la pollution par les hydrocarbures, par les eaux usées et de l'atmosphère, systèmes antisalissure, Safety Management Certificate, International Ship Security Certificate, certificat de travail maritime, licence radio, certificat de jauge.
S'y ajoutent les titres de l'équipage : brevets STCW et revalidations, certificats médicaux, formation de base à la sécurité, certificats spécialisés (GMDSS, lutte avancée contre l'incendie, embarcations et radeaux de sauvetage) et endossements du pavillon. Sur un yacht à forte rotation, la probabilité qu'un certificat individuel expire pendant la saison est élevée, et une expiration détectée la veille d'un charter est un problème d'exploitation immédiat.
La réponse tient en deux registres : un registre des certificats du navire avec alertes anticipées à 90, 60 et 30 jours, et un registre des titres de l'équipage couplé au planning d'embarquement, afin de vérifier avant chaque rotation que la composition de l'équipage reste conforme au document spécifiant les effectifs minimaux de sécurité. Pour les yachts transportant des passagers, la tenue des listes et leur transmission aux autorités relèvent du formulaire FAL 6 de l'OMI.
Déployer une GMAO à bord sans casser la saison
Le meilleur moment pour démarrer est l'hivernage, quand l'équipage a du temps et que le navire est accessible. Six règles simples :
FAQ
Un yacht privé a-t-il vraiment besoin d'une GMAO ?
Aucune obligation réglementaire ne l'impose à un yacht strictement privé. L'intérêt est ailleurs : préserver la valeur de l'actif, disposer d'un historique complet lors de la revente, justifier auprès de l'assureur que l'entretien préconisé a été réalisé, et limiter les pannes pendant les périodes d'utilisation du propriétaire. Sur des unités de 24 à 40 mètres avec un équipage réduit, le gain principal reste la conservation de la mémoire technique entre deux chefs mécaniciens.
À partir de quand le Code ISM s'applique-t-il à un yacht ?
Le Code ISM concerne les yachts exploités commercialement ; la plupart des pavillons l'appliquent à partir de 500 UMS, et plusieurs imposent un dispositif allégé de type « Mini-ISM » en dessous de ce seuil. Un yacht strictement privé n'y est pas soumis. Comme les modalités varient selon le pavillon d'immatriculation et le nombre de passagers transportés, la vérification du texte applicable auprès du pavillon et de la société de classification reste indispensable.
Quelle différence entre le REG Yacht Code partie A et partie B ?
La partie A, issue du Large Yacht Code (LY3), s'applique aux yachts commerciaux d'au moins 24 mètres transportant au plus 12 passagers. La partie B, issue du Passenger Yacht Code, s'applique au-delà de 12 passagers, généralement jusqu'à 36. Franchir ce seuil fait entrer le yacht dans la catégorie des navires à passagers, avec des exigences renforcées de compartimentage, d'évacuation et de sécurité incendie, et un impact significatif sur la conception comme sur le coût d'exploitation.
Comment gérer la maintenance quand l'équipage change chaque saison ?
En rendant l'information indépendante des personnes : une base équipements complète avec documentation attachée, un historique d'interventions rédigé avec un minimum de détail technique, des gammes écrites pour les opérations récurrentes, et un inventaire des stocks à jour avec les emplacements. Une trame de prise de fonction structurée sur quatre semaines permet ensuite à une relève de devenir autonome bien plus vite qu'avec une passation orale de 48 heures.
L'application fonctionne-t-elle sans connexion en mer ?
Oui. L'application mobile Smart Sailors est conçue pour fonctionner hors connexion : consultation des équipements et de leur documentation, saisie des interventions, relevé des compteurs et photographie des anomalies restent possibles en compartiment machine ou au large. La synchronisation s'effectue automatiquement dès qu'une liaison est disponible, sans manipulation de l'équipage.
Combien de temps faut-il pour déployer une GMAO sur un yacht ?
Sur une unité de 30 à 50 mètres, comptez deux à quatre semaines pour l'inventaire des équipements et la reprise de la documentation, puis une saison complète pour stabiliser les gammes et les périodicités. Un déploiement lancé pendant l'hivernage est nettement plus confortable : l'équipage dispose du temps nécessaire à la saisie initiale et le navire est physiquement accessible.
Conclusion
La maintenance d'un yacht n'est pas une version miniature de la maintenance d'un navire de commerce : c'est un exercice différent, où l'exigence de disponibilité est absolue, les fenêtres d'intervention étroites, la mémoire technique volatile et le niveau de finition non négociable. Structurer cette activité autour d'une arborescence claire, de gammes standardisées, de compteurs relevés quotidiennement et d'un historique réellement renseigné produit trois bénéfices mesurables : moins de pannes pendant les périodes d'utilisation, une relève d'équipage bien plus rapide, et un dossier de conformité prêt le jour de l'audit plutôt que reconstitué la veille.
Smart Sailors est une GMAO maritime conçue par des marins, déployée sur plus de 400 navires, avec une application mobile hors connexion et douze modules couvrant la maintenance, les équipements, les stocks, les achats, les certificats et l'équipage. Consultez nos tarifs ou réservez une démonstration adaptée à votre yacht. L'essai est gratuit pendant 30 jours et nos équipes vous accompagnent lors de la reprise de vos données existantes.


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