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Mécanicien en ciré orange inspectant le treuil de pont et les flexibles hydrauliques d'un chalutier

GMAO pour une flotte de pêche : sécurité, disponibilité et maîtrise des coûts d'exploitation

Jean-Marc PIERI

Une marée ne pardonne rien. Quand un chalutier appareille pour cinq jours, chaque heure d'immobilisation se paie deux fois : en gasoil brûlé pour rien et en captures non réalisées. Un navire de pêche joue son chiffre d'affaires sur une fenêtre météo, un quota et un cours de criée qui bougent tous les jours. Une avarie de treuil un mardi matin, ce n'est pas une ligne dans un rapport mensuel : c'est une marée blanche, un équipage payé à la part qui rentre sans rien, et une place d'atelier à reprendre derrière tout le monde.

La maintenance sur un navire de pêche ne ressemble donc à aucune autre. Elle se fait avec des équipages réduits et polyvalents, dans un environnement parmi les plus corrosifs qui soient, sur des équipements sollicités en continu — hydraulique de pont, groupe froid, ligne d'arbre — et avec une fenêtre d'intervention qui se compte souvent en heures. S'y ajoute la dépendance à un petit nombre d'ateliers portuaires, saturés au moment précis où toute la flottille rentre.

Une GMAO navire de pêche bien pensée n'est pas une couche de bureaucratie supplémentaire : c'est le moyen de transformer un entretien subi en entretien décidé. Savoir ce qui doit être fait avant que ça casse, avoir la pièce à bord ou commandée à temps, prouver que le navire est en règle, et garder une trace technique qui vaudra de l'argent le jour d'une revente ou d'un dossier de financement.

Ce qui rend la maintenance d'un navire de pêche différente

Des marées courtes et une pression économique permanente

Les rotations sont courtes — quelques jours en côtier, quelques semaines en hauturier — et le navire repart dès que la cale est vidée et le plein fait. Le créneau technique réel, celui où le bord est à quai, l'équipage disponible et l'atelier joignable, est étroit et imprévisible. D'où une règle simple : un plan de maintenance qui ignore le calendrier d'exploitation ne sera jamais appliqué. Les interventions doivent être calées sur des arrêts qui existent déjà — débarquement, arrêt de fin de semaine, arrêt saisonnier, arrêt technique annuel — et non l'inverse. Une GMAO utile en pêche regroupe les travaux par fenêtre d'immobilisation au lieu de les empiler par date.

Des équipages réduits, polyvalents et rémunérés à la part

À bord d'un fileyeur ou d'un chalutier côtier, il n'y a pas de service machine : un patron, un mécanicien qui est aussi matelot, et des hommes de pont qui entretiennent entre deux traits. La compétence technique existe, souvent excellente et très pragmatique, mais le temps de la formaliser n'existe pas — et avec la rémunération à la part, chaque heure administrative est une heure improductive pour l'équipage.

La conséquence pour le choix de l'outil est nette : saisie mobile en quelques taps, avec photo, et surtout fonctionnement hors connexion. Au large, la couverture réseau est aléatoire ; un outil qui exige une connexion permanente ne sera jamais utilisé. C'est un critère éliminatoire, au même titre que ceux détaillés dans notre guide des 10 critères pour choisir son logiciel de GMAO.

Un environnement parmi les plus corrosifs de l'activité maritime

Embruns permanents, pont mouillé, saumure, glace, matière organique, lavages haute pression, produits agressifs, cycles thermiques violents autour des installations frigorifiques : armoires électriques de pont, connecteurs, tiges de vérins, paliers de treuils et passages de coque subissent une agression sans équivalent sur un navire à passagers. Les périodicités constructeur, établies pour un usage industriel « propre », sont donc souvent trop longues en pêche. Un plan de graissage recalé sur l'observation du bord vaut mieux qu'un plan théorique respecté à la lettre : c'est le rôle d'une base équipements tenue à jour, qui conserve l'historique des défaillances pour ajuster les fréquences mal calées.

Une capacité limitée à bord et une dépendance aux ateliers portuaires

L'atelier du bord se résume le plus souvent à un établi, une caisse à outils, un poste à souder et quelques pièces courantes. Tout ce qui dépasse — rebobinage d'un moteur électrique, réfection d'un vérin, alésage d'un palier, intervention frigoriste sous fluide, contrôle d'alignement de ligne d'arbre — passe par un prestataire à terre, et dans la plupart des ports de pêche ils se comptent sur les doigts d'une main. La ressource rare n'est donc pas seulement la pièce : c'est le créneau atelier. Anticiper une intervention de trois semaines permet de le réserver ; la découvrir le matin même signifie attendre. Une visibilité à trois ou six mois sur les échéances change la relation avec les ateliers portuaires, et souvent le prix négocié.

Le cadre de sécurité applicable à la pêche : ce qui change en 2027

Contrairement au transport maritime, régi de longue date par SOLAS et le Code ISM, la pêche est restée des décennies dans un cadre international incomplet. La Convention internationale de Torremolinos sur la sécurité des navires de pêche (1977), puis son Protocole de 1993, n'ont jamais réuni les conditions de leur entrée en vigueur. C'est l'Accord du Cap de 2012, adopté sous l'égide de l'OMI, qui reprend, met à jour et remplace ces textes.

Cet accord fixe des exigences minimales de conception, de construction, d'équipement, de stabilité, de protection contre l'incendie, d'engins de sauvetage et de radiocommunications pour les navires de pêche de 24 mètres de longueur et plus. Son entrée en vigueur était conditionnée à un seuil précis : au moins 22 États parties totalisant 3 600 navires de pêche de 24 mètres et plus opérant en haute mer. Ce seuil ayant été franchi, l'Accord du Cap entrera en vigueur le 24 février 2027. Pour les armements concernés, l'horizon de mise en conformité est désormais daté, avec une exigence accrue de traçabilité sur les visites, les équipements de sécurité et les certificats.

Côté facteur humain, la convention STCW-F (formation du personnel des navires de pêche, délivrance des brevets et veille), adoptée en 1995, encadre les titres des équipages de pêche — un dispositif distinct de la STCW du commerce. La convention C188 de l'OIT sur le travail dans la pêche complète ce cadre sur les conditions de vie et de travail à bord, l'aptitude médicale et l'hébergement.

En France, la sécurité des navires de pêche relève des divisions dédiées du règlement annexé à l'arrêté du 23 novembre 1987, avec des exigences différenciées selon la longueur, un titre de sécurité et un permis de mise en exploitation délivrés après visite, et des visites périodiques conduites par les centres de sécurité des navires. Le point commun à tous ces textes : ce qui n'est pas tracé n'est pas réputé fait. Un contrôle ne juge pas votre entretien, il juge la preuve de votre entretien. Et rappelons-le sans détour : la pêche reste l'un des métiers les plus dangereux au monde, où la fiabilité d'un treuil est un enjeu de vies humaines.

Les équipements critiques d'un navire de pêche

La criticité, en pêche, se lit à une seule aune : est-ce que la panne arrête la marée ou met l'équipage en danger ? La hiérarchie qui suit se retrouve sur presque toutes les unités.

Propulsion et ligne d'arbre

Moteur principal, inverseur-réducteur, ligne d'arbre, presse-étoupe, hélice, éventuel propulseur d'étrave. Une avarie ici, c'est la marée annulée et potentiellement un remorquage. La surveillance est classique mais souvent négligée faute de temps : analyses d'huile, températures et pressions, vibrations et bruits anormaux, jeu de bague, état des anodes, suivi des heures réelles. Rattacher les tâches à des compteurs d'heures plutôt qu'à un calendrier est ici décisif : un navire qui a fait 4 200 heures dans l'année n'a pas les mêmes besoins qu'un navire qui en a fait 1 800.

Treuils, enrouleurs et hydraulique de pont

C'est le cœur de l'outil de production, et le premier poste d'accident grave à bord : treuils de chalut, enrouleurs de filets, vire-casiers, vire-lignes, portiques, grues, centrale hydraulique, flexibles et distributeurs. La défaillance typique n'est pas la rupture brutale mais la dérive lente — fuite de flexible, pollution d'huile, usure de frein, patinage, limiteur de pression déréglé — qui finit par lâcher sous charge, une fune en tension à proximité des hommes. Le contrôle des organes de sécurité (freins, cliquets, arrêts d'urgence, protections, état des câbles) doit être tracé à chaque marée, pas une fois par an.

Groupe froid et installation frigorifique

Cale réfrigérée, tunnel de congélation, machine à glace, condenseurs, évaporateurs, circuit fluide. En pêche, le froid ne relève pas du confort : il conditionne la valeur commerciale de la capture. Une remontée de quelques degrés sur une cale pleine peut déclasser des tonnes de poisson et détruire la rentabilité d'une marée entière, alors même que le navire rentre en parfait état de navigation. Encrassement de condenseur, fuite de fluide frigorigène, défaut de dégivrage, capteurs dérivés, compresseur en souffrance : un relevé de température de cale par quart, consigné, vaut mieux qu'un contrôle annuel très complet.

Production électrique, sécurité et navigation

Groupes électrogènes, alternateur attelé, tableau principal, batteries, éclairage de pont : la production électrique alimente le froid, la navigation et le travail de nuit, si bien que sa perte cumule risque commercial et risque humain. Viennent ensuite radeaux de survie, brassières et VFI, combinaisons d'immersion, RLS et SART, extincteurs et installation fixe, détection incendie, pompes d'assèchement et alarmes de niveau, puis la passerelle : VHF/ASN, radar, GPS, AIS, sondeur, pilote automatique. Tous ont un point commun : des échéances réglementaires datées, dont le dépassement bloque l'appareillage alors que le navire est techniquement irréprochable. C'est ce qu'un module certificats avec alertes automatiques élimine définitivement.

Tableau de synthèse : criticité, défaillances et surveillance

Équipement critiqueMode de défaillance typiqueSurveillance recommandéeFréquence
Moteur principalSurchauffe, perte de compression, pollution d'huile, injection défaillanteAnalyse d'huile, relevés température et pression, contrôle filtrationRelevés par quart ; analyse d'huile selon heures
Ligne d'arbre et presse-étoupeEntrée d'eau, échauffement de palier, usure de bague, vibrationContrôle visuel et thermique, mesure de vibration, anodesÀ chaque marée ; approfondi à l'arrêt technique
Inverseur-réducteurPatinage d'embrayage, dégradation d'huile, jeu excessifContrôle niveau et pression d'huile, essai d'embrayage, écouteHebdomadaire ; vidange selon heures constructeur
Treuils et enrouleursUsure de frein, fuite hydraulique, toron cassé sur câble, cliquet défaillantInspection freins et sécurités, contrôle du câble, graissageSécurités avant chaque marée ; graissage hebdomadaire
Centrale et circuits hydrauliquesFuite de flexible, pollution de fluide, dérive du limiteur de pressionAnalyse de fluide, contrôle de pression, inspection des flexiblesHebdomadaire ; analyse de fluide semestrielle
Groupe froid et cale réfrigéréeFuite de fluide frigorigène, encrassement de condenseur, défaut de dégivrageRelevé de température de cale, pressions HP/BP, recherche de fuiteTempérature par quart ; contrôle complet avant saison
Groupes électrogènesRefus de démarrage, échauffement d'alternateur, batteries en fin de vieEssai de démarrage en charge, contrôle d'isolement et de batteriesEssai hebdomadaire ; isolement mensuel
Pompes d'assèchement et alarmes de niveauCrépine colmatée, clapet bloqué, capteur de niveau hors serviceEssai réel de pompage et test d'alarmeAvant chaque marée
Engins de sauvetageRévision dépassée, VFI dégradés, largueur hydrostatique périméInventaire, contrôle des dates, révision en station agrééeMensuel à bord ; révision selon échéance réglementaire
Détection et lutte incendieExtincteur dépressurisé, détecteur encrassé, installation fixe non contrôléeContrôle de pression et de plombage, test de détectionMensuel à bord ; contrôle réglementaire annuel
Navigation et communicationAntenne corrodée, RLS hors échéance, dérive de sondeurTest fonctionnel, contrôle des échéances, inspection des antennesAvant chaque marée ; contrôle réglementaire selon titre

Ce qu'une avarie coûte réellement sur une marée

Beaucoup d'armements raisonnent encore en coût de réparation : c'est la partie visible, et souvent la plus petite. Le coût réel d'une avarie se décompose en couches qu'il faut additionner honnêtement pour arbitrer un investissement de préventif :

  • la réparation : pièce, main-d'œuvre, déplacement d'un technicien, parfois transport express ;
  • la marée perdue ou écourtée : poste dominant, qui coûte fréquemment plusieurs fois le prix de la réparation ;
  • le gasoil brûlé pour rien lors d'un retour anticipé depuis une zone éloignée ;
  • la dégradation de la capture : sur une avarie de froid, la perte n'est pas l'équipement mais la cargaison ;
  • l'effet sur l'équipage : part amputée, démobilisation, départ de marins expérimentés ;
  • le décalage en cascade : créneau d'atelier perdu, marché de criée manqué, engagement non tenu.

Additionnées, ces couches changent complètement l'arbitrage : un flexible hydraulique remplacé préventivement devient dérisoire face à une journée de mer perdue. C'est le raisonnement développé dans notre article sur les leviers de réduction des coûts d'entretien du navire : réduire le coût d'entretien ne consiste pas à entretenir moins, mais à déplacer la dépense du curatif subi vers le préventif ciblé.

La sécurité des marins : le vrai enjeu de la GMAO à bord

Le pont d'un navire de pêche en action est un environnement à haut risque : funes en tension, charges suspendues, treuils en mouvement, pont mouillé et gîte, travail de nuit, fatigue accumulée. La majorité des accidents graves ne survient pas pendant la navigation, mais pendant les opérations de pêche et les interventions de maintenance.

Une intervention sur un treuil, une centrale hydraulique ou un tableau électrique doit être précédée d'une mise en sécurité formelle : coupure des énergies, purge de la pression résiduelle, condamnation physique, vérification d'absence de tension ou de pression, signalisation. Sur un navire où l'équipage est réduit et où tout le monde se connaît, la tentation de « faire vite » est permanente — et c'est dans cette configuration que quelqu'un remet un circuit en service pendant qu'un autre a les mains dedans.

Intégrer les procédures de consignation LOTO et le suivi des habilitations directement dans la GMAO transforme cette bonne intention en réflexe : la tâche ne s'ouvre pas sans que les points de consignation soient listés et le consignateur identifié. Au-delà du LOTO, le module maintenance doit permettre d'attacher à chaque tâche critique les précautions applicables — EPI, énergie à isoler, espace confiné, point chaud, interdiction d'intervenir seul. C'est ce qui distingue une GMAO maritime d'un simple carnet d'échéances.

Construire un préventif réaliste, calé sur les arrêts d'exploitation

Partir de l'exploitation, pas du catalogue constructeur

L'erreur la plus fréquente consiste à saisir intégralement les préconisations constructeur, à générer plusieurs centaines de tâches, puis à constater six mois plus tard que la moitié est en retard : un plan dont on ignore les alertes installe l'habitude de la non-conformité. La méthode qui fonctionne en pêche est inverse. On part des fenêtres d'immobilisation réelles : arrêt entre deux marées, arrêt de fin de semaine, arrêt saisonnier lié au calendrier de pêche, arrêt technique annuel avec passage au sec. Chaque tâche est ensuite affectée à la fenêtre qui peut réellement l'accueillir, selon sa durée, les compétences nécessaires et l'indisponibilité qu'elle impose. Trois niveaux suffisent pour démarrer :

  • Niveau bord, par marée : rondes, relevés, contrôles visuels, essais de sécurité, graissage — cinq à dix minutes, saisies sur mobile par l'équipage.
  • Niveau bord, périodique : vidanges, filtres, contrôle de jeux, essais en charge, calés sur les arrêts de fin de semaine ou saisonniers.
  • Niveau atelier : révisions majeures, expertises, contrôles réglementaires, travaux de coque, calés sur l'arrêt technique et réservés à l'avance.

Ce découpage est la version « pêche » de la démarche décrite dans notre méthode en 4 étapes pour bâtir un plan de maintenance préventive efficace : démarrer avec vingt à trente tâches réellement tenues plutôt qu'avec trois cents tâches ignorées, puis enrichir à partir des pannes constatées.

Compteurs et surveillance conditionnelle là où c'est rentable

Sur les organes tournants coûteux — moteur principal, groupes électrogènes, compresseurs frigorifiques — le déclenchement par heures de fonctionnement est plus juste que le déclenchement calendaire : il évite le sur-entretien d'un navire peu sollicité comme le sous-entretien d'un navire qui enchaîne les marées. Pour les dégradations progressives et détectables, l'approche décrite dans notre article sur le passage de la maintenance curative à la maintenance conditionnelle offre le meilleur rapport effort/résultat : analyses d'huile, thermographie de tableau électrique, mesures de vibration ciblées.

Pièces critiques et délais d'approvisionnement

Il n'est ni possible ni souhaitable de tout stocker à bord. La bonne question n'est pas « quelles pièces peut-on stocker ? » mais « quelles pièces, si elles manquent, empêchent d'appareiller ? ». Croisez deux critères : le délai d'obtention réel (pas le délai catalogue) et la conséquence de l'indisponibilité.

  • Délai long et arrêt du navire : à stocker à bord ou en base à terre, sans discussion — flexibles sur mesure, injecteurs, capteurs spécifiques, cartes électroniques, courroies rares, garnitures mécaniques, joints de presse-étoupe.
  • Délai long sans arrêt immédiat : à commander en anticipation depuis le plan de maintenance, avec déclenchement automatique de la demande d'achat.
  • Délai court et disponibilité locale : ne pas immobiliser de trésorerie, mais vérifier la disponibilité réelle chez le fournisseur en début de saison.

Les consommables — huiles, filtres, fluide frigorigène, anodes, câbles — méritent un traitement séparé avec des seuils de réapprovisionnement automatiques, selon la méthode détaillée dans notre article sur la gestion des stocks MRO et la prévention des ruptures de pièces critiques.

Le gain décisif vient du lien entre les briques : quand une tâche préventive programmée dans trois semaines consomme un filtre, le module stocks doit savoir s'il est en rayon et le module achats déclencher la commande dans le cas contraire — avant l'appareillage, pas après. Sur une flottille, cette chaîne permet aussi de mutualiser : la pièce disponible sur le navire A peut sauver la marée du navire B.

Certificats du navire et titres des marins : la double échéance

Un navire de pêche peut être techniquement irréprochable et rester à quai : il suffit d'un titre de sécurité échu, d'une révision de radeau dépassée, ou d'un marin dont le certificat médical ou le brevet est arrivé à échéance. La particularité de la pêche est que ces deux calendriers — celui du navire et celui des hommes — se percutent en permanence, avec des équipages qui tournent et des patrons qui gèrent tout de front.

  1. Un référentiel unique : titre de sécurité, permis de mise en exploitation, certificats radio, attestations de révision des engins de sauvetage, assurances, licences de pêche — au même endroit, avec date d'échéance et document scanné.
  2. Des alertes en cascade à 90, 60 et 30 jours, adressées à une personne nommée. Une alerte qui arrive le jour de l'échéance ne sert à rien : le délai de réservation en station agréée est souvent plus long.
  3. Le lien avec l'armement du navire : le module équipage doit permettre de vérifier avant chaque embarquement que la composition respecte la décision d'effectif et que chaque marin détient ses titres, sa visite médicale et ses formations à jour.

Cette logique vaut sous tous les pavillons. Nous en avons décrit un cas concret dans notre article sur les certificats obligatoires des navires de pêche hauturière au Maroc, qui montre à quel point la charge documentaire d'une unité hauturière justifie à elle seule un outil dédié.

À retenir — En pêche, la valeur d'une GMAO ne se mesure pas au nombre de tâches créées, mais au nombre de marées sauvées et d'accidents évités. Trois réflexes couvrent l'essentiel : caler le préventif sur les fenêtres d'immobilisation réelles plutôt que sur le seul calendrier constructeur ; stocker à bord uniquement les pièces dont l'absence empêche d'appareiller ; ne jamais laisser une échéance de certificat ou de titre de marin sans alerte à 90 jours.

Le dossier technique : un actif à la revente et au financement

Point trop souvent négligé : l'historique de maintenance est un actif financier. Sur le marché de l'occasion, deux navires du même âge et du même type se négocient avec un écart significatif selon la qualité du dossier technique. Un acheteur ou son expert cherche à savoir ce qui s'est vraiment passé sur cette coque, quels organes majeurs ont été refaits et quand, et quelles échéances il devra assumer juste après l'achat.

Un historique numérique complet — interventions datées, pièces posées, heures de fonctionnement des organes principaux, rapports d'expertise, factures d'atelier, photos — permet de répondre factuellement et de défendre un prix ; un dossier fait de classeurs incomplets et de souvenirs conduit l'expert à prendre une marge de prudence, c'est-à-dire à décoter.

Le même raisonnement vaut face à un financeur ou à un assureur : un dossier de remotorisation ou d'acquisition est instruit d'autant plus favorablement que l'armement démontre une gestion technique maîtrisée — plan suivi, taux de réalisation du préventif, historique des avaries, budget réaliste. Un tableau de bord consolidé au niveau de la flottille, comme celui du module dashboard, produit ces éléments sans travail de reconstitution.

FAQ

Une GMAO est-elle vraiment utile pour un petit navire de pêche côtier ?

Oui, à condition de dimensionner l'outil. Sur une unité de 12 à 18 mètres avec trois ou quatre hommes à bord, l'enjeu n'est pas un plan de trois cents lignes : c'est de ne jamais rater une échéance réglementaire, de garder l'historique des interventions et de savoir ce qu'il reste en pièces. Une quinzaine de tâches récurrentes bien tenues, plus le suivi des certificats, apportent l'essentiel du gain. Le coût se juge ensuite au regard d'une seule journée de mer perdue — le détail des formules figure sur notre page tarifs.

Le Code ISM s'applique-t-il aux navires de pêche ?

Le Code ISM, issu de SOLAS, ne vise pas les navires de pêche dans son champ d'application obligatoire. Sa logique reste pourtant précieuse : responsabilité désignée à terre, procédures écrites, maintenance planifiée et traçable, remontée des non-conformités et des presqu'accidents. De nombreux armements hauturiers appliquent volontairement ces principes, qui réduisent la sinistralité et facilitent les relations avec les assureurs. Notre article sur le Code ISM et la GMAO détaille cette transposition.

Comment prioriser quand tout semble critique à bord ?

Deux questions binaires suffisent. La panne empêche-t-elle d'appareiller ou de pêcher ? Peut-elle blesser quelqu'un ou dégrader la capture ? Deux « oui » désignent la criticité maximale — treuils, propulsion, froid, pompes d'assèchement. Un seul « oui » place l'équipement en criticité moyenne. Aucun « oui » signifie que la maintenance corrective reste économiquement acceptable. Cette matrice tient sur une feuille et hiérarchise une flottille entière.

Quel est le bon moment pour planifier les gros travaux ?

Celui qui coïncide avec un arrêt déjà subi : arrêt biologique, changement de métier entre deux saisons, arrêt technique réglementaire, période de cours bas. L'important est de figer ces fenêtres plusieurs mois à l'avance, d'y regrouper tous les travaux compatibles et de réserver le créneau atelier dès qu'elle est connue. Un module de prévisions permet de visualiser les échéances et de construire ces regroupements sans oublier de tâche.

Conclusion

La pêche concentre à peu près toutes les difficultés de la maintenance navale : environnement corrosif, équipements sollicités en continu, équipages réduits, fenêtres d'intervention minuscules et sanction économique immédiate. Avec l'entrée en vigueur de l'Accord du Cap en février 2027, elle bénéficiera aussi d'un cadre de sécurité international enfin structuré, qui renforcera les attentes en matière de traçabilité.

Structurer sa maintenance n'est donc plus un projet à repousser, et cela ne demande pas de tout formaliser d'un coup : identifier les équipements réellement critiques, caler un préventif court sur les arrêts existants, sécuriser les pièces à long délai, et ne plus jamais laisser passer une échéance de certificat ou de titre. Le reste vient marée après marée.

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